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  • Généralités

    Les herbicides et leurs produits dérivés constituent quant à eux l’une des principales sources de pollution des eaux souterraines et superficielles (IFEN 2006, 2007). En viticulture, bien que la pratique du désherbage chimique en plein tende à régresser (5 % de la surface du vignoble girondin), les herbicides restent encore utilisés sur la majorité des parcelles viticoles (plus de 80 % en Gironde), le plus souvent pour maîtriser les adventices sous les rangs, mais parfois également dans les inter-rangs, en association avec un enherbement temporaire ou un désherbage mécanique (enquête Agreste, 2006). La recherche de solutions alternatives au désherbage chimique apparaît aujourd’hui comme un enjeu majeur pour bon nombre de viticulteurs, confrontés à de nouvelles problématiques : contexte réglementaire évoluant vers une diminution drastique des molécules actives autorisées (glyphosate dans le collimateur), nouvelles préoccupations environnementales (pollution des eaux, démarche de certification environnementale…), impasses techniques (apparition de résistances), conversion à la viticulture biologique… Parmi les alternatives crédibles, deux techniques se dégagent le désherbage mécanique et l'enherbement.

    L'objectif prioritaire du groupe vigne du RMT Florad sera de construire des projets de recherche et développement pour répondre à des appels à projet type CASDAR. Ils s'inscriront ainsi dans le projet agroécologique pour la France, publié à la suite de la conférence nationale du 18 décembre 2012. Les projets seront orientés vers la conception et l'évaluation d'itinéraires techniques de gestion durable des sols, conçus de manière à :

    • Réduire l'utilisation d'intrants : herbicides, engrais minéraux et carburant
    • Favoriser la disponibilité des ressources minérales du sol pour la vigne (entretien de la fertilité physique et biologique des sols, protection contre la dégradation…).
    • Optimiser la concurrence hydrique et minérale des adventices vis-à-vis de la vigne, en fonction des objectifs de production et des trajectoires climatiques des millésimes (gestion évolutive des systèmes, adaptation au réchauffement climatique, résistance aux phénomènes de sécheresse…).
    • Réduire les coûts liés à la gestion des sols, par une réflexion globale sur les itinéraires techniques annuels et une mise en avant des travaux combinés.

    Ces projets s'inscriront dans une démarche systémique, consistant à rechercher des combinaisons de techniques complémentaires dont l'effet global concourt aux objectifs visés. Les itinéraires techniques mettront en avant des pratiques innovantes en viticulture, telles que :

    • la gestion adaptative de l'enherbement naturel (gestion de la fréquence des tontes / destruction des couverts en fonction de la trajectoire climatique du millésime) ;
    • l'enherbement sous les rangs (alternative aux herbicides) ;
    • l'implantation d'engrais verts / semis temporaires hivernaux (services agronomiques et environnementaux ;
    • l'apport massif d'humus stable (amendement organique de type compost végétal) sur des parcelles aux sols fortement déstructurés (déficit en MO et compaction).

    La première alternative à l’utilisation des herbicides est le désherbage mécanique. Un des freins à son extension est la difficulté du désherbage sous le rang de vigne (présence des souches et des piquets). Les études réalisées sur le désherbage mécanique du rang ont montré que cette technique est efficace mais coûteuse et peu pratique d’application sur des exploitations de grande taille. De plus, elle n’est pas neutre d’un point de vue agronomique dans les phases de transition. Pourtant, le matériel intercep a beaucoup évolué et de nombreuses améliorations ont été apportées pour faciliter la conduite et les réglages. Il s’agit d’une bonne alternative au désherbage chimique mais le principal frein à son développement est la technicité requise mais également le temps à accorder spécifiquement à cette opération, celle-ci étant difficilement combinable avec une autre. Cette réflexion est valable également pour l’entretien d’un cavaillon enherbé, la tonte étant relativement lente entre les souches. L’enjeu est de rendre la technique plus rapide, moins gourmande en énergie, plus accessible. L’objectif est de tester et d’acquérir des références sur les matériels et itinéraires innovants (incluant des solutions faisant appel à la robotique).

    L’enherbement maîtrisé est l’autre grande alternative aux herbicides pour l’entretien des sols viticoles. Les couverts d’herbe en général sont reconnus pour leurs nombreux effets positifs sur le milieu. Malgré ses intérêts, le recours à l’enherbement est rendu difficile en raison de la concurrence qu’il engendre vis-à-vis de la vigne, en particulier sur sols superficiels et/ou climat sec. Les travaux sont donc axés sur la compréhension des mécanismes à l’origine de cette concurrence grâce à la modélisation (par exemple avec le modèle de bilan hydrique WaLIS) afin d’appréhender les mécanismes. Ces modèles pourraient à terme permettre de valider des règles de décision et être intégrés dans des outils d’aide à la décision disponibles pour les viticulteurs, y compris pour la gestion d’enherbement spontanés (à base d’adventices au sens strict).

    Les cultures pérennes ne recouvrent pas l’ensemble de la surface du sol, il est donc possible de leur associer un couvert végétal, parfois dans un objectif précis. On parle alors de plantes de services. Ces couverts peuvent rendre des services variés : engrais verts, décompactage, maîtrise des adventices…Ils sont ainsi un des outils de base d’une approche agro-écologique, en favorisant les économies en intrants grâce à l’utilisation du vivant. L’objectif est de mettre en place un programme de travail sur ces couverts pour favoriser leur adoption par les viticulteurs et accompagner leur développement sur le terrain.

    Les expérimentations devront être menées sur des réseaux de parcelles représentatives de la variabilité des vignobles, en terme de contraintes agronomiques liées au milieu naturel (variabilité pédologique et climatique) et de contraintes techniques et économiques liées aux objectifs de production. Ces projets devront permettre d'acquérir des références pour des systèmes viticoles donnés et de concevoir des outils d'aide à la décision et des indicateurs de pilotage de ces itinéraires techniques de gestion durable des sols.

    D'une manière générale, le manque de références et d'outils d'aide à la décision nécessaires au pilotage intra et interannuel de l'enherbement fait défaut aux viticulteurs (Hofmann, 2006). En terme d'outils de pilotage, les travaux récents portent sur la définition de trajectoire optimale de contrainte hydrique durant le cycle, pour répondre aux différents objectifs de production (Gary et al., 2005). L'évolution des modèles de bilan hydrique (Lebon et al., 2003 ; Pellegrino et al., 2006 ; Celette, 2007 ; Ripoche, 2009) offre ainsi aujourd'hui la possibilité de simuler de façon dynamique et pluriannuelle un indicateur de disponibilité des réserves hydriques (FTSW, fraction of transpirable soil water) au cours du cycle végétatif (Pellegrino, 2004).

    Enfin, en complément des aspects techniques et décisionnels, la réflexion autour des systèmes de production adaptatifs implique de prendre également en compte les aspects économiques et logistiques. Le système "vigne enherbée" peut ainsi être considéré comme un ensemble de 3 sous-systèmes : le pilote (viticulteur), le système piloté (système biophysique) et les ressources (main d'œuvre). D'un point de vue décisionnel, ces différents concepts permettent alors de représenter les ajustements opérationnels (en fonction des conditions de faisabilité d'une intervention), tactiques (en fonction de l'état du système biophysique et la disponibilité des ressources) et stratégiques (en fonction de l'environnement extérieur et les objectifs généraux) qui peuvent être effectués (Martin-Clouaire et Rellier, 2006 ; Ripoche, 2009).

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