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  • Généralités

    UNE FORTE RESTRICTION DE L'USAGE DES HERBICIDES...

    Avant tout soucieux de la rentabilité économique de son exploitation, l’agriculteur a aujourd’hui pour mission de fournir un produit de qualité en préservant le milieu afin de répondre aux besoins croissants d’un contexte socio-économique et réglementaire plus exigeant. Le raisonnement de ses choix techniques et notamment des interventions phytosanitaires doit désormais s’inscrire dans une logique de durcissement de la pression législative. Ainsi, depuis 1991, la directive européenne 91/414CEE a pour but d'harmoniser l'ensemble des différentes règlementations et autorisations de produits phytopharmaceutiques des états membres au sein de l'Union Européenne. Mais elle est source d’une inexorable réduction de la gamme des matières actives disponibles - soit que leurs propriétés physico-chimiques ne sont plus en accord avec le cahier des charges européen soit qu’elles sont simplement abandonnées pour des raisons économiques par les firmes phytosanitaires. Plus récemment, en 2007, l’engagement n°129 du Grenelle de l’environnement et le plan Ecophyto 2018 (agriculture.gouv.fr) visent une réduction de 50% des usages des pesticides dans un délai de 10 ans « si possible » ainsi que des réductions d’usage pour 53 molécules classées comme les plus dangereuses. A cela, s’ajoute un ralentissement sans précédent dans les innovations sur les herbicides. Sur les vingt modes d’action herbicides homologués, un seul a été trouvé au cours des quinze dernières années (Ruegg et al., 2007). Il apparaît moins de molécules qu’il en disparaît. Dans les dernières vingt cinq années, sans parler des évolutions touchant le matériel agricole, seules deux avancées techniques sont apparues en matière de désherbage. En premier lieu, la découverte des sulfonylurées qui a permis de réduire considérablement la quantité de matières actives appliquées à l’hectare : de quelques kilogrammes ou centaines de grammes, nous sommes passés à des dizaines de grammes voire moins.

    Et dernièrement sont apparues les cultures tolérantes aux herbicides obtenues par sélection naturelle (imidazolinones / Clearfield® : maïs, blé, soja, tournesol…) ou génétiquement modifiées (glyphosate/ Round Up : maïs, soja, blé…) mais objets d’un moratoire. A cette diminution drastique des solutions techniques phytosanitaires, s’ajoute une réglementation plus sévère des pratiques de désherbage : selon les familles chimiques, il s’agit de limitation annuelle à la parcelle du nombre d’applications (une seule dose homologuée de sulfonylurées par an) ou de réduction du grammage total inférieure à la dose homologuée (urées substituées, glyphosate). Ces restrictions sont directement liées à la présence constatées de ces mêmes molécules dans les eaux souterraines ou les eaux de surfaces mais aussi en relation avec l’accroissement du nombre de populations adventices devenues résistantes à ces herbicides.

    ...UNE EVOLUTION NECESSAIRE DES PRATIQUES DE DESHERBAGE

    A

    On assiste ainsi à une profonde mutation du concept de désherbage qui incite à développer des schémas de raisonnement plus larges réintégrant pleinement les bases agronomiques de gestion des populations adventices (rotation, travail du sol, dates de semis,…) et les techniques alternatives ou complémentaires au désherbage chimique, qui, si elles ne peuvent se substituer au désherbage chimique, constituent autant d’interventions supplémentaires dans une parcelle (accroissement du temps de travail et coût énergétique). D’autre part, pour des raisons économiques mais également environnementales (soutien du Ministère de l’environnement : MEDDAT), se développe une agriculture fondée sur la réduction du travail du sol avec le semis direct. Dans ce cas, la gestion des adventices fait donc majoritairement appel à des applications d’herbicides notamment dans l’interculture. Si pour des raisons diverses il faut réduire fortement le recours aux herbicides quantitativement et qualitativement et parallèlement chercher à ne perturber qu’au strict minimum la structure du sol, on se prive des principaux moyens de gestion des adventices dans les grandes cultures. Cette situation constitue un dilemme pour les agriculteurs qui ont besoin de solutions viables pour s’assurer des revenus décents, continuer à produire suffisamment et viser une gestion durable de la biodiversité (Gasquez et al., 2008).